Perspectives7 septembre 20263 min de lecture
Une décision technique réversible ne mérite pas trois semaines de débat
Certaines décisions techniques déclenchent des réunions, des comparatifs, des prototypes et parfois des semaines de discussion.
Bibliothèque A ou bibliothèque B ?
Quel framework ?
Quelle structure pour ce module ?
Quel composant parmi trois références proches ?
La volonté est légitime : prendre la bonne décision.
Mais toutes les décisions ne méritent pas le même effort.
Parce qu’elles n’ont pas toutes le même coût lorsqu’elles sont mauvaises.
Le risque n’est pas de se tromper #
En R&D, se tromper est inévitable.
Le véritable sujet est plutôt : combien coûtera la découverte de notre erreur ?
Choisir une bibliothèque logicielle remplaçable en quelques heures n’est pas équivalent à choisir une architecture qui structurera le produit pendant cinq ans.
Sélectionner un composant disponible chez plusieurs fournisseurs n’est pas équivalent à concevoir tout un système autour d’une technologie propriétaire.
Les deux sont des décisions techniques.
Mais leur niveau d’engagement n’a rien de comparable.
Certaines décisions ferment des portes #
Une décision devient structurante lorsqu’elle rend le retour en arrière difficile.
Le coût peut être financier.
Mais il peut aussi être technique : réécriture importante, nouvelle électronique, modification mécanique, reprise des essais ou changement d’architecture.
Il peut être organisationnel : nouvelles compétences nécessaires, changement de fournisseur ou dépendance à un partenaire.
Et dans certains secteurs, revenir en arrière peut même imposer de reprendre une partie du processus de validation.
Ces décisions méritent du temps.
Il faut identifier les hypothèses, comparer les alternatives et comprendre ce que chaque choix rendra difficile demain.
D’autres décisions sont simplement temporaires #
À l’inverse, certaines décisions peuvent être prises rapidement.
Non pas parce qu’elles sont sans importance.
Mais parce qu’elles sont facilement réversibles.
Si deux solutions semblent raisonnables, que leur différence est encore difficile à mesurer et qu’il est possible de passer de l’une à l’autre à faible coût, chercher immédiatement laquelle est « la meilleure » apporte parfois peu de valeur.
On peut en choisir une.
Construire.
Mesurer.
Et décider à nouveau lorsque davantage d’informations seront disponibles.
La décision devient alors elle-même une expérience.
Le niveau d’analyse devrait dépendre du coût du retour en arrière #
Avant une décision technique, une question simple peut éviter beaucoup de discussions :
« Si nous découvrons dans trois mois que ce choix était mauvais, que faudra-t-il refaire ? »
Si la réponse est « presque rien », décider rapidement est probablement raisonnable.
Si la réponse implique six mois de développement, une nouvelle électronique ou une remise en cause profonde du produit, quelques jours supplémentaires d’analyse peuvent être extrêmement bien investis.
Cette distinction permet aussi de concentrer l’énergie de l’équipe là où elle compte réellement.
Car le temps passé à sécuriser une décision facilement réversible n’est plus disponible pour étudier celles qui ne le sont pas.
Décider vite ne signifie pas décider au hasard #
Une décision réversible doit tout de même respecter les contraintes connues.
Elle doit être techniquement plausible.
Documentée suffisamment pour comprendre pourquoi elle a été prise.
Et surtout, son caractère réversible doit être réel.
Une décision apparemment anodine peut progressivement devenir structurante si d’autres choix viennent s’appuyer dessus.
C’est pourquoi il est utile de distinguer explicitement deux catégories : les décisions que l’on peut encore facilement changer, et celles que l’on est en train de transformer en fondations.
La première catégorie demande surtout de l’action.
La seconde mérite de la réflexion.